[50 ans Inria] L’évolution du monde numérique par Christian Huitema

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Ancien élève de L’École Polytechnique, Christian Huitema a d’abord travaillé comme ingénieur au sein de Sema où il développait des logiciels scientifiques. En 1980, il rejoint le CNET (ancien nom de France Télécom R&D, désormais connu sous le nom d’Orange Labs). De 1986 à 1996, il intègre Inria Sophia Antipolis. Il y dirige notamment le projet de recherche RODEO qui débouchera sur un système de vidéo-conférence sur IP. En parallèle, il occupe les fonctions de président de l’IAB (Internet Architecture Board). Puis, changement de cap, Christian Huitema part aux États-Unis pour travailler comme directeur de recherche chez Bellcore. C’est en 2000 qu’il prend ses fonctions chez Microsoft où il exercera jusqu’en septembre 2016 dans différentes divisions de l’entreprise.

Quel est votre premier souvenir numérique ?

« La première fois que j’ai manipulé un ordinateur, c’était à Polytechnique. Nous n’avions pas à proprement parlé des cours d’informatique mais un club grâce auquel les membres avaient accès à des ordinateurs et pouvaient tester des programmes informatiques. Nous avions également accès à un vieil ordinateur IBM de la précédente génération.  A l’époque, j’étais déjà très intéressé par l’informatique, j’avais le sentiment qu’il y avait quelque chose d’important à faire. C’est pour cela que j’ai intégré le SEMA et que j’ai décidé de faire une thèse. »

Quels souvenirs gardez-vous d’Inria ?

« Je me souviens que l’on travaillait beaucoup. Ce qui était très motivant pour moi et mes collègues de la même génération, c’était les discussions que l’on pouvait avoir avec des chercheurs plus expérimentés. Gilles Kahn, Louis Pouzin, Hubert Zimmermann suscitaient l’émulation.

Aussi, chez Inria, j’ai assisté au développement d’Internet. En 1988, un événement a marqué ma carrière, il s’agit de la première connexion entre le réseau de l’IRIA et celui de la NSF (National Science Foundation). »

Quelles ont été les évolutions majeures, de votre point de vue ?

« Au cours de ma carrière, j’ai assisté à 2 grandes étapes de l’histoire d’Internet. La première concerne l’évolution du travail en réseau, problématique sur laquelle j’ai beaucoup travaillé chez Bellcore : la transition des différents réseaux vers Internet, la construction de nouvelles architectures, l’amélioration de la qualité du réseau…

La seconde grande évolution, c’est la sécurité des logiciels et des données. Je pense notamment aux déferlement de virus comme Slammer ou Blaster en 2003. Les défis étaient multiples : mettre en place de nouvelles règles de software, résoudre des problèmes d’architecture… Chez Microsoft j’ai travaillé dans un groupe qui étudiait ces aspects. Notre objectif était également de trouver des solutions aux problèmes de qualité des logiciels. C’est un sujet d’une importance primordiale pour une entreprise comme Microsoft : en considérant que l’on a 100 millions de clients, imaginez ce qu’il se passe quand une erreur se glisse dans un logiciel. »

Comment, selon vous, Inria participe-t-il à l’évolution des recherches en sciences du numérique ?

« Dans le monde de l’industrie, on a la contrainte de la qualité, chose que l’on ne retrouve pas dans la Recherche. On peut imaginer des choses qui n’existent pas encore et explorer de manière libre de nouveaux espaces (même s’il faut un feedback pour inspirer quelque chose). Inria participe à l’évolution des recherches en sciences du numérique parce que les scientifiques trouvent des choses qui seront utiles dans 10 ans et s’emploient à résoudre en simultané des problèmes à courts termes, ce qui permet de maintenir un lien constant avec l’industrie. C’est ce lien proche avec l’industrie qui fait la particularité de l’Institut. »

Comment voyez-vous le monde numérique dans 50 ans ?

« Il y a des choses que l’on voit déjà arriver, je pense à la réalité virtuelle par exemple. Une des contraintes pour présenter une réalité virtuelle, c’est qu’il faut tromper les sensations : opérer des changements plus rapides que l’être humain, ce qui est réalisable avec une puissance de calcul énorme. Et c’est en train d’arriver !

L’apprentissage automatique pour ne pas dire l’intelligence artificielle va aussi avoir des conséquences considérables sur le monde. Les machines vont être de plus en plus précises.

Je pense aussi que la fabrication 3D aura des effets très intéressants sur notre société.

 

« On ne doit pas avoir peur du changement, le monde est amené à évoluer, on ne peut pas le conserver tel qu’il est. Certes, Il y aura des conséquences à ces changements, les conséquences du progrès : négatives mais surtout positives. »

Crédit Photo © Christian Huitema

À propos de l'auteur

Laura Bernard

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