Rencontre avec Christophe Morvan, PDG d’Open Agora

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Que fait votre société ?

Open Agora« Open Agora réalise des outils en ligne pour faciliter la prise de décision collective.

Aujourd’hui, Open Agora propose une application de vote complète et facile d’utilisation pour Slack (un outil puissant de communication d’équipe, utilisé par des milliers d’entreprises partout sur le globe). La société commercialise également une API de vote élaborée pour les sites web, les intranets ou les applications mobiles.

En outre, la société est en train de mettre au point une plateforme de coopération et de collaboration pour les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Que ce soit les grandes banques mutualistes (Crédit Agricole ou Arkéa Crédit Mutuel) ou les petites structures telles que les Scops (coopératives). »

Quelle est la technologie cœur de métier ?

« Nous nous appuyons sur plusieurs technologies. En premier lieu, nous avons implémenté une solution de vote nuancé qui repose principalement sur la méthode de Condorcet*. Cette implémentation intègre également des méthodes récentes pour déterminer un gagnant lorsqu’il n’y a pas de vainqueur Condorcet, comme par exemple la méthode de Schulze**.

La seconde technologie développée à Inria Rennes, en collaboration avec l’équipe-projet Sumo, est un modèle pour décrire et analyser des « espaces de travail actifs » : les grammaires attribuées gardées. Ces grammaires sont le fruit de plusieurs années de recherche, et ont également fait l’objet d’une implémentation. Ces dernières nous servent de support pour structurer et organiser les échanges dans le cadre de notre plateforme collaborative. Elles permettent également une distribution très élégante des données entre les participants. »

 Quelles ont été les évolutions majeures de votre secteur ces (50) dernières années ?

« Notre secteur est celui du partage et de l’échange d’informations au travers des réseaux. Les premières technologies sont celles de l’email, du partage de fichier par ftp, de l’hypertexte et du web. Ces technologies sont à la base de la révolution du numérique qui se déroule depuis plusieurs années. L’émergence des réseaux sociaux a été la seconde évolution majeure de ce secteur. Ils ont permis des interactions à grande échelle avec un accent mis sur les interactions très courtes. »

Quelles seront les évolutions (ou les tendances) de votre/vos domaine(s) dans les cinquante prochaines années ?

« Un premier champ d’évolution est constitué du « deep learning » qui bénéficie beaucoup  de la masse de données disponible dans les réseaux sociaux. Cette technologie permet le développement d’énormément d’applications conversationnelles avec lesquelles les interactions sont de plus en plus naturelles.

Une limite majeure des technologies actuelles (dans ce secteur) est que les réseaux témoignent de l’activité qui se déroule en dehors d’eux (Instagram étant un formidable exemple). En revanche il est difficile de dériver des actions, dans le monde physique, issues de cette activité virtuelle. Un enjeu important est la capacité à convertir l’intelligence qui s’exprime au travers des réseaux en des actions réelles. »

Comment, selon vous, Inria participe-t-il à l’évolution des recherches en sciences du numérique et quelle est son originalité ?

« Inria comme d’autres établissements de recherche contribue à poser des bases formelles pour favoriser l’émergence de technologies industrielles. Une des originalités d’Inria est d’encourager ses chercheurs à se rapprocher des industriels, petits ou grands, voir même de favoriser l’essaimage. La présence de services d’accompagnement au transfert technologique contribue à stimuler ces dynamiques (de collaboration et d’essaimage). »

Comment voyez-vous le monde numérique dans 50 ans ?

« Où en sera l’humanité dans 50 ans ? Si on imagine que le développement actuel se poursuive tranquillement, et sans dommage ? Le numérique pourra avoir un rôle encore plus central (si c’est possible), mais sera également moins visible. Les interactions en langue naturelle conjuguées à l’autonomie des machines pourraient rendre très peu visible la place du numérique.

Il est hélas très peu probable qu’un tel développement se poursuive encore 50 ans. La raréfaction d’un ensemble de ressources et les conflits armés vont probablement contrarier le développement du numérique à l’horizon d’une vingtaine d’année (au plus). Ceci ne signifie pas nécessairement que le développement du numérique va se stopper, mais qu’il risque d’être freiné et que sur certains plans (en particulier son omniprésence) il pourrait très bien y avoir de nombreuses régressions. »

En savoir plus sur Open Agora

*La méthode Condorcet (aussi appelée scrutin de Condorcet ou vote Condorcet) est un système de vote dans lequel l’unique vainqueur, s’il existe, est le candidat qui, comparé tour à tour à tous les autres candidats, s’avérerait à chaque fois être le candidat préféré.

*En savoir plus sur la méthode de Condorcet

**La méthode de Schulze est un système de vote développé en 1997 par Markus Schulze qui choisit un gagnant simple dans un vote avec classement des candidats. La méthode peut également être employée pour créer une liste ordonnée de gagnants.

© Christophe Morvan / Open Agora

 

À propos de l'auteur

Equipe Inria alumni

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