Rencontre avec Nicolas Petitprez, co-fondateur et Directeur général de Makitoo

Que fait Makitoo ?

« Makitoo fournit des solutions pour aider les équipes de développements logiciels à améliorer leurs produits.

Le premier outil, reposant sur une technologie développée au sein d’Inria aide les équipes techniques à identifier, comprendre et corriger les bugs dans leurs logiciels. Il permet donc de limiter l’impact des dysfonctionnements et d’être proactif dans la résolution des problèmes rencontrés.

Notre deuxième outil aide les responsables produits à mieux comprendre l’impact de leurs fonctionnalités logiciels sur leurs indicateurs de performance. Ils peuvent ainsi mieux comprendre l’utilisation de leur logiciel et décider plus rationnellement des efforts de développement à suivre. »

Quelle est votre vision des prochains défis technologiques dans votre secteur ?

« Les logiciels prennent une place de plus en plus importante dans notre vie quotidienne. Ils  nous assistent dans la conduite des automobiles, nous aident à trouver une information, à prendre des décisions, etc.

La fiabilité et la robustesse sont des critères très importants, il faut les prendre en compte dès la conception et la construction.  Un des prochains défis sera de faire évoluer les méthodes et les outils utilisés pour mieux comprendre les comportements des programmes pendant leurs exécutions en temps réel.

Par exemple, Netflix a développé Chaos Monkey, un outil qui teste le système en condition réelle en générant  aléatoirement des dysfonctionnements pour vérifier les différents mécanismes de réparation. Cela permet de s’assurer que le service sera totalement fonctionnel lors de réels problèmes. »

« Dans l’avenir, on peut imaginer que toutes les applications logicielles utiliseront des technologies de ce type pour enrayer les bugs qui ne seront plus qu’un mauvais souvenir. »

Quel est votre parcours avant sa création et quelle a été votre motivation ?

« Avant de créer Makitoo, j’ai alterné entre des projets de recherche académiques dans le domaine du génie logiciel au sein d’Inria et différents postes liés au développement et à la qualité logicielle dans des entreprises du numérique comme Vade Retro Technology.

Ce qui me motive chaque jour et  me passionne vraiment dans mon activité, c’est de faire le chemin d’une idée jusqu’à un produit commercialisé qui satisfait ses utilisateurs. C’est compliqué, mais quelle satisfaction d’aller jusqu’au bout du projet ! »

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© Inria / Photo E. Garault

« Le logiciel on le garde ou on le jette ? », nos 3 questions à Vincent Joguin, PDG d’Eupalia

Inria alumni est allé à la rencontre de Vincent Joguin qui  interviendra le 23 mars prochain à la Jam Session « Le logiciel on le garde ou on le jette ? » organisée en partenariat avec la Société Informatique de France. Cet événement sera l’occasion de réunir des acteurs impliqués dans les problématiques du patrimoine logiciel et d’appréhender leurs différentes approches (informations et inscriptions ici). 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

« J’ai commencé à programmer en BASIC à l’âge de 11 ans. A 15 ans, je suis passé à l’assembleur Intel et à 18 ans, j’ai démarré le développement d’un émulateur juste avant d’entrer au département informatique de l’IUT2. J’ai ensuite effectué une licence et une maîtrise à l’Université Joseph-Fourier, ainsi qu’un DEA Imagerie, Vision et Robotique à l’ENSIMAG (en stage à Inria Montbonnot dans l’équipe iMAGIS) doublés d’un Magistère (UJF).

J’ai rejoint l’ACONIT (Association pour un Conservatoire de l’Informatique et de la Télématique) en 1998 où j’ai développé un émulateur Bull Gamma ET, premier ordinateur numérique installé à l’INPG en 1957, en tant que stagiaire de Magistère sous la direction de Louis Bolliet.

Tout cela m’a amené à réfléchir au problème du maintien d’un logiciel en fonctionnement sur une longue durée et je me suis lancé immédiatement après mes études avec un ami dans un projet de machine virtuelle « universelle ».

En 2005, et pendant plusieurs années, j’ai collaboré avec le département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque Nationale de France pour la préservation de logiciels sur disquettes et sur le projet européen KEEP de préservation numérique par émulation. Je me suis également investi davantage dans l’ACONIT que j’ai eu l’honneur de présider de 2006 à début 2008. »

Selon-vous, quel est l’avenir pour notre patrimoine numérique ?

« Certainement le même que pour notre patrimoine non numérique : personne ne souhaite voir le patrimoine contemporain disparaître et un « âge noir du numérique » émerger comme le craint par exemple Vint Cerf. Mais le problème de la pérennité se pose, car l’évolution technologique reste très rapide et les supports d’information sont de moins en moins durables : le papier moins que le parchemin, le disque dur moins que la disquette.

Alors la question se pose en ces termes : soit il faut se résoudre à ne pas tout garder, soit il faut trouver un nouveau moyen de stockage pérenne, économique et très dense.

Dans le premier cas, j’aime à considérer le numérique comme étant à la fois un outil technique, un support de l’écrit et un moyen de communication relevant de l’oralité. Or, les paroles s’envolent, et il peut en être de même avec leurs équivalents numériques (Snapchat repose sur ce concept !). Je pense donc qu’une part significative de la production numérique peut valablement disparaître. Dans le deuxième cas, il semble que la piste du stockage dans l’ADN soit la plus prometteuse. Le verrou principal est celui de l’écriture qui est encore loin d’atteindre les performances requises. De façon assez étonnante, l’avenir du patrimoine numérique pourrait donc dépendre des progrès des technologies du vivant. Je pense aussi que l’IA peut avoir un rôle à jouer aussi bien pour l’accès aux informations que pour en réduire le volume. »

Alors, le logiciel, doit-on le garder ou le jeter ?

« Le logiciel est à la base du numérique. Sans lui, seuls des messages numériques très simples (textes ASCII, images bitmap brutes, sons non compressés) peuvent conserver leur sens dans le temps. Le numérique a besoin de logiciel, et tous deux ont besoin d’un support physique (support de stockage, processeur, etc.) pour exister. De plus, la quantité de logiciel est infime en comparaison de la masse d’informations numériques. Alors, bien sûr, même s’il est parfois un peu caché, le logiciel, on le garde !

Et puis, il y a le logiciel en tant que tel. Il peut s’agir d’un outil technique mais aussi d’une œuvre d’art. Dans les deux cas, le Musée des arts et métiers et le Centre Pompidou ou la BnF nous rappellent que ce type de patrimoine a de la valeur et doit impérativement être conservé ! »