Économie collaborative, mobilité urbaine : 3 questions à Thomas Herlin, serial entrepreneur

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On pourrait définir Thomas Herlin de serial entrepreneur. Co fondateur de Keeneo, start-up spécialisée dans la vidéo surveillance intelligente, fondateur du site CoVoiturage.com (revendu à BlaBlaCar) puis directeur des ventes de Vianoveo, il a rejoint en 2015 le réseau européen KIC EIT Digital, implanté au Campus SophiaTech.

Le 15 avril prochain, il co-animera un webinar sur les nouveaux usages des mobilités urbaines. Une occasion de raconter son parcours hors normes, guidé par la diversité des rencontres.

3 questions à Thomas Herlin, un entrepreneur qui sait donner toute sa place au hasard des découvertes ! 

En 1997, quand la première version du site covoiturage.com est sortie, vous étiez précurseur dans la mise en relation des conducteurs. Comment est née cette idée ? 

Thomas Herlin : « J’ai eu un parcours universitaire « ouvert » : après un baccalauréat européen et un passage en prépa’ HEC j’ai bifurqué vers les sciences-éco à Dauphine et l’Université Goethe de Francfort.

J’ai depuis cette époque été attiré par les échanges entre personnes de différents horizons et j’ai toujours aimé saisir les opportunités pour m’ouvrir et créer des relations.

Cette empathie « naturelle » s’est transformée en travail lorsque j’ai aidé un ami à installer le premier serveur de la Fac de Francfort et que j’ai eu l’idée de mélanger ce réseau « technologique » avec le réseau « brick and mortar » des covoiturages que j’utilisais à l’époque assidument en Allemagne.

En considérant les 20 dernières années, je constate qu’il y a des lignes directrices fortes (la préservation de l’environnement, l’intérêt pour la mise en relation de personnes) et des rencontres qui ont créé des opportunités (la sérendipité est un terme qui illustre bien ceci : il est souvent utilisé par des entrepreneurs). Ces deux axes sont toujours très prégnants dans mon parcours actuel : pour l’anecdote, je composte tous les déchets verts de ma famille de 6 personnes et nous avons un jardin potager avec mes enfants pour manger local & de saison ; par ailleurs mon job au sein de l’EIT est très lié au développement durable et à la mise en réseau pour les startup que nous accompagnons au sein de notre accélérateur EIT Digital.

Enfin, un dernier élément qui a pris une importance croissante dans mes critères de travail est l’analyse des besoins et l’adéquation au marché d’une idée. Je parle souvent à des entrepreneurs étant trop dans le « push techno ». Il faut éviter le syndrome de la diva dans le désert. Même (surtout) de bonnes intentions de développement durable doivent se confronter à une réalité économique : le but est de concilier écologie et économie. »

Thomas Herlin, la mobilité durable c’est quoi ? 

Thomas Herlin : « On peut se poser la question en amont du besoin même de mobilité : pourquoi bouge-t’on ? Pour le travail, les loisirs, la famille etc.

Peut on répondre à ces besoins en remplaçant la mobilité par d’autres solutions : le télé-travail, les conférences audio ou vidéo, la réalité virtuelle (voir les travaux de Microsoft Hololens pour reconstituer des salles de rendez-vous et des interactions entre participants avec leurs avatars plus vrais que nature) ?

En poussant le trait, on peut se rappeler des voyages de loisirs « virtuels » de Arnold Scharzenegger dans Total Recall !

Mais beaucoup de déplacements ne sont pas remplaçables et les interactions humaines nécessitent heureusement encore tous nos sens pour une richesse maximale.

Il faut considérer l’optimisation des déplacements pour répondre à une demande et à des besoins fonctionnels, et non pas uniquement comme une production de moyens de transport pas forcément en adéquation avec les besoins exprimés ou sous-jacents (pourquoi posséder une voiture qui reste inerte 95% de son existence, pourquoi faire circuler 1 tonne d’acier pour une moyenne de 1.4 conducteur dans les bouchons matinaux, pourquoi faire circuler 10 tonnes d’acier-bus pour 5 passagers à certaines heures ?). Cette situation est due à un problème d’adéquation entre la demande de mobilité et l’offre. Cette inadéquation est due à un problème de transmission d’information. Pour y pallier, la société a jusqu’à présent répondu en sur-produisant (pour les sociétés pouvant se le permettre), ou en sous-consommant (pour la majorité des autres). »

Et demain, à quoi ressemblera le covoiturage ?

Thomas Herlin : « 3 révolutions ont eu lieu en l’espace de 20 ans : l’arrivée d’internet (le réseau), l’équipement des consommateurs en smartphones qui sont autant de capteurs/géo-localisateurs/ordinateurs, et maintenant les progrès du big data/analyse sémantique/intelligence artificielle.

Un véritable calque virtuel vient se greffer sur notre monde réel pour permettre une communication bien meilleure entre la demande et l’offre de solutions de mobilité. De nouvelles questions émergent : pourquoi construire des infrastructures physiques lourdes, non-agiles, alors que des systèmes d’information pourraient répondre aux mêmes besoins pour 10% du coût et en utilisant des ressources déjà existantes (en lien avec l’économie collaborative) ? Une collectivité pourrait considérer l’équipement en smartphones de ses concitoyens plutôt que la construction d’une ligne de métro… ? Des idées auparavant illusoires (re-)voient le jour et les iconoclastes tels qu’Elon Musk sont maintenant considérés.

Le covoiturage participe de cette évolution : après le covoiturage longue/moyenne distance, irrégulier et planifié de BlaBlaCar, nous voyons émerger le covoiturage de courte distance, impulsif/non-planifié. »

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Equipe Inria alumni

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