Bitcoins, Blockchain, c’est quoi ?

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En 2008 une nouvelle façon de concevoir la monnaie a été proposée, qui remet en cause les anciennes idées sur cette institution. Comme pour le courrier électronique ou internet qui ne sont aux mains d’aucune autorité et conduisent donc à une meilleure appropriation de l’information par tous, et à des pratiques démocratiques nouvelles de communication entre citoyens, il semble que, dans le domaine monétaire, tout pourrait fonctionner sans autorité centrale de contrôle. Le « bitcoin » est la première version de ce nouveau type de monnaies numériques. Il est fondé sur l’utilisation d’un réseau P2P et de plusieurs primitives cryptographiques. Toujours en phase expérimentale, il est sujet à de nombreuses critiques et rencontre des difficultés en même temps qu’un succès notable.

Nous nous sommes entretenus avec Jean-Paul Delahaye, professeur émérite informaticien et mathématicien. Il interviendra lors du prochain Café Techno, le 23 juin au Centre Inria Saclay Île-de-France pour nous donner les clefs de compréhension de cette monnaie cryptographique et du système sur lequel elle repose.

Jean-Paul Delahaye, pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnent la technologie blockchain et le bitcoin ?

« L’idée est celle d’un partage d’informations à l’aide d’un fichier copié et contrôlé simultanément par un grand nombre d’utilisateurs (parfois appelés « les mineurs ») au sein d’un réseau P2P. Chacun d’eux gère et vérifie tout ce qui s’écrit sur ce fichier, la « blockchain » (ou « chaîne de blocs »). Ce fichier peut être complété (bloc par bloc) mais ne peut pas être détruit ni modifié car il est protégé par un système de primitives cryptographiques. Dans le cas d’une monnaie cryptographique on inscrit les transactions sur la blockchain. Celles-ci sont donc validées par tous les mineurs. Elles sont infalsifiables, et leur ensemble, présent définitivement sur la blockchain, permet à chaque instant de connaître le contenu de chacun des comptes. On peut imaginer d’autres types d’inscriptions. Des engagements pour des paris, des actes de propriétés, des listes de diplômes, des contrats, plus simplement même des informations qu’on souhaite rendre publiques. L’intérêt de passer par un système à blockchain est qu’il fonctionne sans autorité de contrôle et que les engagements ou informations qu’il gère le sont automatiquement sans possibilité de tricherie, protégés par la conception générale du protocole cryptographique qui assure l’intégrité et l’évolution de la blockchain. On dispose avec ce type de systèmes d’un outil pour établir de la confiance entre utilisateurs qui —c’est nouveau— fonctionne sans tiers de confiance.

C’est une avancée technique majeure qui, à terme, pourrait révolutionner Internet et l’industrie de la finance. »

Peut-on avoir confiance dans le bitcoin ?

« Il faut savoir que le bitcoin a subi de nombreuses critiques. Certains le considèrent même comme une gigantesque escroquerie. Quoi qu’il en soit, la confiance créée autour de cette monnaie semble suffisamment solide pour qu’elle continue d’exister. Le bitcoin existe depuis 7 ans. La valeur du bitcoin a récemment connu une augmentation de 50% en quelques mois. Aujourd’hui la valeur totale des bitcoins dépasse les 7 milliards d’euros. Tout cela prouve que le système fonctionne. En revanche, il est vrai que l’on peut se poser des questions sur sa pérennité. Un événement qui pourrait perturber le fonctionnement du bitcoin serait par exemple la prise de possession de 51% de sa puissance de minage par un État ou une grande firme, dont le but serait de détruire la confiance en la monnaie. »

Selon vous, que va devenir le bitcoin dans les prochaines années ?

« Il est très difficile de savoir ce que va devenir le bitcoin, en particulier à cause des risques que nous venons d’évoquer. Aujourd’hui, cette monnaie (ou son concurrent principal l’Ether qui récemment semble en mesure de le rattraper) peut évoluer et prendre beaucoup d’importance. Il est certain cependant que dans l’immédiat elle ne deviendra pas concurrente de l’euro ou du dollar. La technologie blockchain sur lequel repose le bitcoin donnera lieu à une multitude d’applications, pour moi c’est certain. Personne n’est capable de dire avec certitude ce qui va se passer. Notons que depuis quelques mois un intérêt quelque peu disproportionné s’est manifesté pour les systèmes à blockchain, dont pour l’instant l’application principale reste les monnaies cryptographiques. Comme Bill Gates l’a dit à propos d’autres nouveautés technologiques : on surestime souvent les changements qu’apporteront une technologie nouvelle dans les deux ans qui viennent, en même temps qu’on sous-estime ceux qui en résulteront dans les dix ans qui viennent. Je crois que c’est exactement ce qu’il faut penser des monnaies cryptographiques et de la blockchain.

C’est une grande aventure qui commence. »

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