3 questions à Alain Bensoussan ex- président Inria

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Polytechnicien et diplômé de l’ENSAE (Ecole nationale de statistique et de l’administration économique), Alain Bensoussan est le premier chercheur recruté à l’INRIA en 1967. Mathématicien de formation, il a consacré ses travaux à l’automatique et aux mathématiques appliquées. Proche de Jacques-Louis Lions, il lui a succèdé à la tête d’Inria de 1984 à 1996.

Dans le cadre de la Jam Session qui aura lieu le 25 novembre prochain, Inria alumni est allé à la rencontre du savant mathématicien pour lui poser 3 questions autour de son intervention qui portera sur l’importance devenue primordiale de la gestion des risques.

 

“La Gestion des risques est devenue primordiale”.

Quels sont les nouveaux enjeux qui rendent cette discipline nécessaire ?

“Les trente glorieuses étaient caractérisées par une évolution où les incertitudes étaient relativement limitées. Le monde politique était fondé sur un équilibre entre les deux superpuissances. Le monde économique connaissait une croissance régulière. Le Management avait comme objectif essentiel l’optimisation des ressources, afin d’obtenir le meilleur résultat. C’était la recherche de l’efficacité, de l’amélioration de la qualité (pensez à la croyance dans la qualité totale, initialisée notamment par les japonais). Les technologies de l’information étaient embryonnaires, les problèmes environnementaux ne se posaient pas, les effets de la globalisation peu perceptibles. Tout cela a complètement changé. Les incertitudes sont devenues primordiales, et les risques très sérieux, quelle que soit l’efficacité mise en oeuvre. Prenez une compagnie comme TEPCO, leader au Japon et très important acteur mondial. Nous avons toutes les raisons de penser qu’elle était bien gérée, à l’aune des critères techniques et économiques. Du jour au lendemain elle se trouve en faillite tout en créant un problème mondial. Tout cela parce que sa gestion des risques était défaillante.”

Quelles approches permettraient de construire une discipline scientifique basée sur le management des risques ?

“D’abord, parce que l’intuition et le bon sens ne suffisent plus. Les sciences de l’ingénieur, puis celles du management ont connu cette évolution. Lorsque la complexité et l’innovation deviennent essentielles, on a besoin de théories, de modèles et donc de la science. Un deuxième élément est le fait que quel que soit le type de risque, il y a énormément de concepts communs. Au fond un risque est un risque, qu’il soit financier, opérationnel, environnemental, humain…C’est ce fond commun qu’il convient d’étudier dans une science du risque. Bien entendu, chaque implémentation pourra comporter des spécificités. Une retombée essentielle de cette nouvelle science est que l’on pourra comparer les risques, quelle que soit leur origine. On pourra ainsi les agréger, étudier leurs relations. C’est un point très important. Si l’on prend à nouveau l’exemple de TEPCO,l’entreprise maitrisait très bien les risques techniques des installations nucléaires, mais a complètement négligé le risque externe lie au Tsunami. L’approche scientifique élimine largement ce type d’erreur.”

Quelles difficultés interviennent dans le développement de cette science ?

“Les difficultés sont d’abord celles liées à la naissance des nouvelles disciplines. Elles doivent être reconnues par les autres. Voyez par exemple, ce qui s’est passe pour la naissance de l’informatique. Beaucoup de gens diront par exemple que la science du risque fait partie de la statistique. Il y a bien sur énormément de choses communes, mais également de nombreux aspects très différents. La deuxième difficulté est le caractère intrinsèquement pluridisciplinaire de cette science. Bien entendu, il est primordial de quantifier les risques, et l’approche scientifique c’est d’abord de réaliser cela, de manière correcte. Mais la science du risque doit aussi se rapprocher de la théorie des organisations, et de la psychologie. En effet, c’est finalement l’homme qui est le risque primordial. Il faut donc que les organisations revoient leur façon de fonctionner. Mais il faut aussi intégrer le risque dans notre comportement, ne pas oublier que les opportunités n’existent pas sans risque. Tout cela relève de la psychologie et des sciences sociales.”

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Equipe Inria alumni

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