3 questions à Jean-Pierre Laisné, Leader du projet CompatibleOne

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  

Jean-Pierre Laisné est réputé mondialement pour ses connaissances et ses activités dans les domaines de l’Open Source et du Cloud Computing. Depuis 1993 avec Pick Systems, Linbox et Bull, il a défendu et a démontré la richesse de l’open source pour les entreprises en général.

 

Quelles sont selon vous les qualités qui définissent l’open source ?

Jean-Pierre Laisné : Je définirais l’open source comme un procédé qui permet le développement de logiciels technologiquement avancés et dont l’objectif est, dès le départ, de donner accès à ces technologies au plus grand nombre et ce au moindre coût. Une des qualités essentielles de l’open source réside en sa capacité de permettre la création sur un mode volontariste, d’artefacts complexes dans un environnement où l’intelligence est distribuée en réseau.

Le Logiciel Libre se dilue-t-il dans le cloud ? Cette question vous inspire-t-elle ?

Jean-Pierre Laisné : Je me souviens l’avoir posée à un parterre de contributeurs open source lors de l’Open World Forum en 2008. A l’époque nous craignions de voir les libertés essentielles du logiciel libre se dissoudre à son contact. Dans le cloud, tout est fourni sous forme de service à travers le réseau, que ce soit le logiciel ou le matériel entièrement virtualisé.

 

L’utilisateur accède au logiciel par une interface à travers le réseau. Le logiciel disparaît ainsi au profit du service rendu. Un logiciel ne se « matérialise » plus pour l’utilisateur, il n’a plus à l’installer, ni à le mettre à jour mais juste à l’utiliser. Sa distribution sous forme de code binaire ou de code source ne se justifie plus. Enfin l’accès à ces services se fait à des coûts réduits voire gratuitement, annulant un bénéfice important du logiciel libre. Nous argumentions à l’époque que les utilisateurs risquaient, par pure commodité, d’oublier l’espace de liberté ouvert par les logiciels libres et de perdre le contrôle de leurs outils.

Avec le temps, nos craintes se sont avérées justifiées car ce modèle a permis la floraison de logiciels propriétaires tels Google Apps, SalesForce, etc. dont le code ne sera jamais disponible et donc ni modifiable, ni améliorable ou contrôlable.

D’un autre coté le cloud n’a pas freiné les développements open source. Sans doute parce qu’il trouve ses origines dans le web 2.0 et les services d’hébergements. Pour ces métiers, l’open source est l’outil indispensable à leurs activités lucratives. Les projets ont évolué en conséquence vers un grand professionnalisme. L’open source n’est plus seulement une noble cause mais un moyen d’asseoir une stratégie industrielle, une carrière professionnelle. Plus efficaces, en plus grand nombre et plus « business oriented » que leurs aînés, les contributeurs sont de véritables innovateurs et ils sont aussi moins réservés quant aux pratiques propriétaires.

Selon vous, peut il y avoir un cloud ouvert sans standard ouvert ?

Jean-Pierre Laisné : La question d’un cloud ouvert est complexe et les sommes considérables investies brouillent la compréhension de ce marché naissant. Dans ce monde virtualisé, chaque fournisseur propose ses services et expose les capacités de ces data centers via son interface de programmation (API). La conquête de ce marché consiste donc à gagner la guerre grâce à son API. Le principe est simple : l’acteur qui réussit à faire consommer massivement son API jusqu’à en faire un standard de fait, domine le marché. Par conséquent plus une API est ouverte, plus elle sera utilisable.

Ainsi, bien qu’ Amazon contrôle 1/3 du marché des clouds publics, il est difficile d’ affirmer qu’ Amazon « ferme » le cloud avec son API, une API étant par définition ouverte. Lorsqu’on les interroge, les acteurs de l’industrie répondent donc avec aplomb à la question des standards : « Tout va bien, pas besoin de standardisation ou de réglementation. Laissez jouer la compétition et le marché régulera. Les standards, c’est pour les challengers .»

C’est à mon avis une vue réductrice qui ne prend en compte qu’une partie de l’équation i.e. l’offre et non la demande. Pour qu’un marché s’épanouisse et que la demande croisse, les consommateurs doivent être assurés d’avoir la possibilité de choisir entre des offres interchangeables en fonction de leurs choix et de leurs contraintes économiques ou réglementaires.

About the author

Laura Bernard

Other posts from the same category

Photo de Véronique Cortier

3 questions à Véronique Cortier, Directrice de recherche au CNRS

8 February 2016
Partager
  •  
  •  
  •  
  •  

Partager    Le 18 janvier s’est tenu au Numa Paris, le Café Techno “Peut-on avoir confiance dans le vote électronique ?” avec Véronique Cortier, Directrice de recherche au CNRS Loria au sein de l’équipe Cassis. Les récentes élections ont soulevé les faiblesses récurrentes du vote « classique », dont l’abstention qui est devenu un problème préoccupant. Quelles … Continue reading 3 questions à Véronique Cortier, Directrice de recherche au CNRS

3 questions à Christian Saguez, responsable du programme Mentorat d’Inria Alumni

30 October 2015
Partager
  •  
  •  
  •  
  •  

Partager    Christian Saguez est ingénieur diplômé de l’École Centrale de Paris. Il a été notamment directeur des relations industrielles et internationales chez Inria, directeur général fondateur de la société SIMULOG et directeur des relations industrielles et des filiales du CNES (Centre National d’Études Spatiales). Il était également président de l’association Teratec (pôle européen de compétence en … Continue reading 3 questions à Christian Saguez, responsable du programme Mentorat d’Inria Alumni