Portrait
Alexis Joly s'est prêté à l'exercice de l'interview-portrait.
Peux-tu te présenter, présenter ton parcours et tes spécialités scientifiques ?
Je suis Directeur de Recherche chez Inria et Directeur scientifique de Pl@ntNet. Mes travaux portent sur l’intelligence artificielle appliquée à la biodiversité, avec un intérêt particulier pour l’apprentissage à partir de données imparfaites ou ambiguës et plus récemment les modèles multimodaux et les grands modèles de langage appliqués à la modélisation écologique.
Mon parcours est à l’interface entre apprentissage automatique, écologie et sciences participatives, avec une volonté constante de relier recherche fondamentale, applications concrètes et enjeux sociétaux.
Nous avons vu la vidéo PlantNet pour les nuls bien sûr ;-) et l'Esprit Sorcier TV parle du "shazam des plantes"... Mais peux-tu nous en dire plus ? De quand date le projet, en quoi il consiste, quels en sont les principes fondateurs, comment il s'est déployé...
Le projet Pl@ntNet a démarré au début des années 2010, initialement comme un projet de recherche visant à explorer comment la vision par ordinateur pouvait aider à l’identification des plantes. Très vite, il s’est structuré autour d’un principe fort : associer intelligence artificielle et sciences participatives.
Pl@ntNet est aujourd’hui à la fois une application grand public, un observatoire de la biodiversité végétale et une plateforme scientifique. Les principes fondateurs sont restés les mêmes : ouverture des données, transparence scientifique, amélioration continue des modèles grâce aux contributions citoyennes, et co-construction avec les communautés scientifiques et naturalistes.

Qu'est-ce que le "format citoyen" de la plateforme apporte à la communauté scientifique ?
L’angle de la science participative est central. Il permet de collecter des données à une échelle spatiale et temporelle impossible à atteindre par des dispositifs classiques. Mais surtout, il transforme en profondeur la relation entre science et société : les citoyens ne sont pas seulement des fournisseurs de données, ils deviennent de véritables acteurs de la production de connaissances. Dans le cas de Pl@ntNet, cette participation va encore plus loin, puisque l’intelligence artificielle elle-même est apprise de manière collaborative à partir de leurs contributions. Cette dynamique s’inscrit dans une logique de réciprocité essentielle : les citoyens contribuent au développement des outils, et bénéficient en retour de services et de connaissances qui leur sont directement utiles.
Pour la recherche, cela pose aussi des défis passionnants : données bruitées et hétérogènes, biais d’observation, ambiguïtés taxonomiques, passage à l’échelle… autant de problèmes scientifiques concrets qui nourrissent directement nos travaux en apprentissage automatique, en particulier sur des méthodes d’IA intégrant l’humain dans la boucle.
Y a t-il une actualité que tu souhaites partager avec nous quant au développement de Pl@ntnet ?
Pl@ntNet est actuellement engagé dans plusieurs évolutions majeures :
- le renforcement des modèles multimodaux,
- l’intégration de connaissances écologiques et taxonomiques plus structurées,
- et le développement de services à plus forte valeur ajoutée pour la recherche et les politiques publiques, notamment autour de la notion de jumeau numérique de la biodiversité.
Un axe de développement important concerne également l’agro-écologie. Pl@ntNet travaille activement à l’adaptation de ses outils aux enjeux agricoles, en particulier pour l’aide à l’identification des maladies des plantes. Cette fonctionnalité, pensée à la fois pour les agriculteurs, les conseillers techniques et le grand public, sera ouverte largement à l’occasion du Salon International de l’Agriculture 2026. Elle illustre la volonté de Pl@ntNet de mettre l’intelligence artificielle au service de transitions agricoles plus durables, en facilitant l’accès à des outils d’aide au diagnostic fondés sur des données et des connaissances scientifiques.
Te souviens-tu de tes impressions lors de tes premiers mois chez Inria ? C'était quand déjà ? Et en regardant dans le rétroviseur, quel fait ou moment marquant de ton parcours Inria, ou quelle anecdote peux-tu partager avec nous ?
Je suis arrivé à Inria il y a maintenant près de vingt ans. Mes premiers mois ont été marqués par une grande liberté intellectuelle et par la richesse des échanges interdisciplinaires, qui ont largement contribué à structurer mes orientations de recherche.
Un moment marquant a été l’attribution en 2020 du Prix Inria – Académie des sciences – Dassault Systèmes à l’équipe Pl@ntNet. Cette reconnaissance a rendu tangible le passage d’un prototype de recherche à un outil largement approprié par le public : voir un objet scientifique devenir un outil du quotidien est une expérience très forte.
Quelles valeurs partages-tu avec Inria ?
Je partage avec Inria des valeurs d’ouverture à l'international, de rigueur scientifique, de service à la société et d’engagement sur les grands enjeux contemporains.
Que conseillerais-tu aux plus jeunes de notre communauté -jeunes, en âge comme en ancienneté- pour dynamiser leur parcours professionnel ?
Je leur conseillerais de cultiver la curiosité, de ne pas avoir peur des trajectoires non linéaires, et d’oser travailler aux interfaces disciplinaires. Ces choix peuvent parfois demander des sacrifices à court terme, par exemple publier moins souvent dans les conférences ou revues centrales de son domaine. Mais ils ouvrent souvent la voie à un impact scientifique et sociétal plus fort à moyen et long terme. C’est souvent à ces interfaces que naissent les innovations les plus intéressantes.
Que saurais-tu leur apporter ?
Un retour d’expérience sur la manière de faire émerger, faire durer et faire changer d’échelle des projets de recherche, depuis le laboratoire jusqu’à des usages sociétaux concrets.
Et nous, communauté, réseau, que peut-on t’apporter aujourd’hui ? As-tu des attentes particulières ?
Relayer les actions de communication de Pl@ntNet au sein de la communauté Inria+alumni serait un vrai plus pour favoriser son appropriation. Pl@ntNet n’est pas seulement une application mobile ou un réservoir de données : c’est avant tout une plateforme de recherche, que les chercheurs peuvent s’approprier comme objet d’étude ou comme support pour leurs propres travaux.
Les développeurs peuvent également s’appuyer sur les services web et les briques technologiques de Pl@ntNet pour les intégrer dans leurs outils ou projets. Le réseau Inria+alumni a un rôle clé à jouer pour faire connaître cette diversité d’usages et encourager de nouvelles collaborations au sein de la communauté.
Un mot clé ou une citation qui titrera ce portrait ?
IA et biodiversité citoyennes

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