« Le logiciel on le garde ou on le jette ? », nos 3 questions à Vincent Joguin, PDG d’Eupalia

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Inria alumni est allé à la rencontre de Vincent Joguin qui  interviendra le 23 mars prochain à la Jam Session « Le logiciel on le garde ou on le jette ? » organisée en partenariat avec la Société Informatique de France. Cet événement sera l’occasion de réunir des acteurs impliqués dans les problématiques du patrimoine logiciel et d’appréhender leurs différentes approches (informations et inscriptions ici). 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

« J’ai commencé à programmer en BASIC à l’âge de 11 ans. A 15 ans, je suis passé à l’assembleur Intel et à 18 ans, j’ai démarré le développement d’un émulateur juste avant d’entrer au département informatique de l’IUT2. J’ai ensuite effectué une licence et une maîtrise à l’Université Joseph-Fourier, ainsi qu’un DEA Imagerie, Vision et Robotique à l’ENSIMAG (en stage à Inria Montbonnot dans l’équipe iMAGIS) doublés d’un Magistère (UJF).

J’ai rejoint l’ACONIT (Association pour un Conservatoire de l’Informatique et de la Télématique) en 1998 où j’ai développé un émulateur Bull Gamma ET, premier ordinateur numérique installé à l’INPG en 1957, en tant que stagiaire de Magistère sous la direction de Louis Bolliet.

Tout cela m’a amené à réfléchir au problème du maintien d’un logiciel en fonctionnement sur une longue durée et je me suis lancé immédiatement après mes études avec un ami dans un projet de machine virtuelle « universelle ».

En 2005, et pendant plusieurs années, j’ai collaboré avec le département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque Nationale de France pour la préservation de logiciels sur disquettes et sur le projet européen KEEP de préservation numérique par émulation. Je me suis également investi davantage dans l’ACONIT que j’ai eu l’honneur de présider de 2006 à début 2008. »

Selon-vous, quel est l’avenir pour notre patrimoine numérique ?

« Certainement le même que pour notre patrimoine non numérique : personne ne souhaite voir le patrimoine contemporain disparaître et un « âge noir du numérique » émerger comme le craint par exemple Vint Cerf. Mais le problème de la pérennité se pose, car l’évolution technologique reste très rapide et les supports d’information sont de moins en moins durables : le papier moins que le parchemin, le disque dur moins que la disquette.

Alors la question se pose en ces termes : soit il faut se résoudre à ne pas tout garder, soit il faut trouver un nouveau moyen de stockage pérenne, économique et très dense.

Dans le premier cas, j’aime à considérer le numérique comme étant à la fois un outil technique, un support de l’écrit et un moyen de communication relevant de l’oralité. Or, les paroles s’envolent, et il peut en être de même avec leurs équivalents numériques (Snapchat repose sur ce concept !). Je pense donc qu’une part significative de la production numérique peut valablement disparaître. Dans le deuxième cas, il semble que la piste du stockage dans l’ADN soit la plus prometteuse. Le verrou principal est celui de l’écriture qui est encore loin d’atteindre les performances requises. De façon assez étonnante, l’avenir du patrimoine numérique pourrait donc dépendre des progrès des technologies du vivant. Je pense aussi que l’IA peut avoir un rôle à jouer aussi bien pour l’accès aux informations que pour en réduire le volume. »

Alors, le logiciel, doit-on le garder ou le jeter ?

« Le logiciel est à la base du numérique. Sans lui, seuls des messages numériques très simples (textes ASCII, images bitmap brutes, sons non compressés) peuvent conserver leur sens dans le temps. Le numérique a besoin de logiciel, et tous deux ont besoin d’un support physique (support de stockage, processeur, etc.) pour exister. De plus, la quantité de logiciel est infime en comparaison de la masse d’informations numériques. Alors, bien sûr, même s’il est parfois un peu caché, le logiciel, on le garde !

Et puis, il y a le logiciel en tant que tel. Il peut s’agir d’un outil technique mais aussi d’une œuvre d’art. Dans les deux cas, le Musée des arts et métiers et le Centre Pompidou ou la BnF nous rappellent que ce type de patrimoine a de la valeur et doit impérativement être conservé ! »

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