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Marc Schoenauer : "la chance est un état d'esprit, soyez prêts !"

Portraits

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11/02/2026

Marc Schoenauer s'est prêté à l'exercice de l'interview-portrait.

Peux-tu te présenter, présenter ton parcours ?

En quelques lignes -

Entré à l'ENS-Ulm en 1975 après une prépa à Louis-Le-Grand, j'obtiens un DEA d'Analyse Numérique à Paris 6 en 1979 puis une thèse de 3ème cycle du même métal au CMAP-X en 1980, et suis recruté CR CNRS la même année. L'arrivée de la micro-informatique et ma rencontre, grâce à Michèle Sebag, avec l'apprentissage et les algorithmes génétiques rendent ma trajectoire un peu chaotique, et je ne passe mon HDR qu'en 1997. Je suis ensuite recruté comme DR Inria à Rocquencourt en 2001, et fonde avec Michèle l'équipe TAO (thème Apprentissage et Optimisation) en 2003, au sein de l'embryon du centre de Saclay. DR1 en 2008 puis DR0 en 2023, DS (Délégué Scientifique) du Centre de 2010 à 2016, puis ADS (Adjoint au Directeur Scientifique) de 2019 à 2024, jour de ma retraite et de mon passage émérite. J'ai été rédacteur en chef du MIT-Press ECJ (2002-2009), chair de l'ACM-SIGEVO (2015-2019). J'ai par ailleurs eu l'insigne honneur de faire partie de l'équipe dirigée par Cédric Villani pour la rédaction du rapport éponyme sur la stratégie nationale pour l'IA rendu en mars 2019  [lien vers le rapport "donner un sens à l'IA, 11/2018].

En détail, et surtout en rendant à César ce qui lui appartient ;-)

Mon parcours n'est que le résultat d'une suite de rencontres et de coups de chance plus improbables les uns que les autres.

Je passe rapidement sur le milieu social culturellement et scientifiquement privilégié dont je suis issu (mère infirmière et père ingénieur), qui a déjà tout orienté. J'étais bien sûr un très bon élève à l'école, mais j'ai surtout eu la chance d'avoir des maîtres qui ont su à la fois m'aiguiller et  m'aiguillonner. Je pense en particulier à deux instituteurs, de vrais "hussards de la république", Mrs Nédellec en CP à Brest, et Gaston Beltrame en CM2 à Ollioules, ainsi qu'à deux professeurs de mathématiques, Jean Trignan en 3ème à Toulon, et Denis Gerl en terminale à Louis le Grand, lycée où j'ai eu l'incroyable opportunité d'entrer en milieu de terminale grâce à Sacha Feinberg, qui y était professeur de philo, rencontré... au ski quelques années auparavant. Outre les mathématiques de haut niveau, j'y ai appris l'humilité en y rejoignant un certain nombre d'autres élèves bien plus doués que moi (dont deux futures médailles Field, Jean-Christophe Yoccoz et Pierre-Louis Lions). Mais j'étais sur des rails, qui m'ont mené à une prépa sur place, puis à l'ENS Ulm. 

Après une (peu glorieuse) agrégation de mathématiques et un DEA d'Analyse Numérique à PVI, je suis contacté (je n'ai jamais su pourquoi ni comment) pour une thèse (de 3ème cycle à l'époque, en 1 an) par Jean-Claude Nédelec, directeur du CMAP (Centre de Mathématiques Appliquées) de l'École Polytechnique, laboratoire alors en plein boom, en phase avec l'expansion nationale des Mathématiques Appliquées. Cette expansion s'est d'ailleurs traduite, cette année-là, par l'ouverture par la commission de recrutement de la section Maths du CNRS de postes réservés aux Maths App. Manque de candidats au courant ? Profil de normalien ? En tout cas, je suis entré au CNRS en 1981, alors même que je n'avais pas encore soutenu ma thèse !

Puis, en même temps que celui de l'hépatite (A !), j'ai attrapé le virus de l'informatique personnelle. Mais à cette époque, la recherche se déroulait exclusivement sur mainframes, et les premiers PC étaient vus au mieux comme des jouets utiles. Par exemple, il n'y avait eu aucun cours  d'informatique dans mon cursus à l'ENS à part une semaine d'initiation à Fortran à l'arrivée, gentiment snobée par les "purs" mathématiciens que nous pensions être.

Mais rapidement, les PC ont été suivis de stations de travail, et tout ce que j'avais appris sur le tas, chez moi, devint une connaissance précieuse pour leur déploiement au labo, en l'absence d'ingénieurs formés sur le sujet (absence d'ingénieurs tout court, d'ailleurs). Main dans la main avec mon complice Joël Frelat, mécanicien et néanmoins ami, nous avons installé (et maintenu !) un réseau commun au CMAP et au LMS (Laboratoire de Mécanique des Solides), puis assuré les TP de calcul scientifique, également communs aux deux départements.

Mais me direz-vous, et la recherche dans tout ça ? Car certes, le CNRS me fichait une paix royale, du fait de mon activité informatique, mais mon absence de publications scientifiques commençait à faire tâche.

Petite parenthèse personnelle : j'ai rencontré, durant mes années ENS, Michèle Sebag, devenue ma compagne à la sortie de l'ENS (et qui l'est encore aujourd'hui, mais ceci est une autre histoire). Et nous avons fait ensemble deux filles (fantaaastiques, diraient nos collègues étas-uniens, mais pour une fois j'approuve - sachant qu'on risque de me soupçonner d'être biaisé) ... et quelques articles (plus d'une cinquantaine :-)

Mais revenons à nos moutons. Michèle, tout en travaillant chez Thomson CSF (aujourd'hui Thalès) au sortir de l'ENS, a commencé à s'intéresser à l'Intelligence Artificielle en suivant en particulier les cours de Jean-Louis Laurière à Paris 6. Après avoir quitté Thalès, elle a soutenu en 1990 une thèse sur l'apprentissage, financée par le LMS grâce à l'esprit visionnaire de Joseph Zarka, également á l'origine de son recrutement comme CR1 CNRS dans la section Mécanique ! C'est ainsi que Michèle et moi avons pu commencer à travailler ensemble au sein d'une équipe informelle de l'Ecole Polytechnique sur l'IA appliquée à la simulation numérique, problématique commune aux deux labos. C'est ainsi que j'ai été amené à rencontrer les algorithmes génétiques à la conférence ICML à Austin en 1990, et ce fut le début de ma carrière dans le domaine, encore totalement balbutiant à l'époque, de l'algorithmique évolutionnaire. Je me suis mis rapidement à travailler sur l'application de ces algorithmes à des problématiques de calcul scientifique (optimisation de formes, essentiellement), et, une chose en entraînant une autre, à proposer des innovations algorithmiques et à publier dans les conférences phares du domaine (premier article ICGA en 1993). Je me suis aussi trouvé à l'initiative de fédération des équipes françaises qui commençaient à travailler sur le sujet, en particulier grâce à Evelyne Lutton, de l'Inria... et c'est dans son équipe que j'ai candidaté en 2001 comme Directeur de Recherche, suite également à une rencontre fortuite avec Gilles Kahn. J'ai aussi eu la chance d'assister aux premières conférences PPSN, série de conférences européennes sur le sujet, et de participer au réseau d'excellence européen Evonet (comme son nom l'indique), et de commencer ma carrière "politique" internationale qui devait me mener à être élu Chair du groupe d'intérêt de l'ACM consacré aux algorithmes évolutionnaire (SIGEVO). A ce sujet, je tiens à dire que je dois beaucoup au CMAP et à son directeur, qui a financé des missions pour des conférences où je n'avais même pas de papier, ou pour des réunions de préparation d'Evonet avant son financement (mes premiers contrats personnels datent de 97-98). Cela m'a permis d' arriver au concours DR Inria avec une visibilité internationale déjà bien assise, ce qui, outre la faible pression du fait que ce concours était connu pour n'être jusque-là qu'un concours de promotion interne, m'a permis de décrocher le Graal.

Il se trouve que nous étions au début de l'âge d'or de l'Inria, qui a alors doublé de taille en 10 ans, avec en particulier la création en 2002 du nouveau centre dit "Futurs", pouponnière pour les centres de Saclay, Lille et Bordeaux. Et dans le même temps, Michèle avait migré de la section mécanique au CNRS à la section informatique, devenant DR au Laboratoire de Recherche en Informatique à l'Université Paris-Sud. Coincidence ! Le centre Inria Futurs, devenu Centre de Saclay en 2008, cherchait précisément à créer à Saclay des équipes communes avec l'Université Paris-Sud, et ce fut le début, en 2003, de l'aventure TAO, Thème Apprentissage et Optimisation, co-dirigée par Michèle et moi (nous y tenions, même si l'Inria ne voulait voir qu'une seule tête). Et Futurs avait les moyens de ses ambitions, ce qui nous a permis de recruter immédiatement Olivier Teytaud (2004).

Scientifiquement, l'association apprentissage et optimisation, aujourd'hui évidente avec entre autres l'explosion des réseaux de neurones profonds, était à l'époque tout à fait originale. Elle nous a permis un certain nombre de succès bien visibles, comme, côté apprentissage, le programme de jeu de go MoGo, précurseur des programmes AlphaX de DeepMind un peu plus tard, et côté optimisation, la maturation de l'algorithme CMA-ES, grâce aux recrutements d'Anne Auger (CR, 2006) et Niko Hansen (CR1, 2009), qui sont ensuite partis voler de leurs propres ailes en 2016. 

Comme on le voit, TAO a fortement bénéficié de l'essor du centre Futurs/Saclay, recrutant cinq chercheurs Inria en 10 ans, mais également, du fait de son appartenance à l'université Paris-Sud, de  2 MdC (Philippe Caillou et, plus récemment, François Landes) et 3 professeurs (Cécile Germain, en mobilité interne LRI, Isabelle Guyon et, plus récemment, Sylvain Chevallier). Auxquels il faut rajouter (attractivité ou effet boule de neige ?), les arrivées en mobilité de Yann Ollivier (CR CNRS) et de Guillaume Charpiat (CR INRIA). Or une telle croissance implique aussi une inévitable dispersion des thèmes de recherche, favorisée de plus par l'essor incroyable de l'IA. Avec les départs d'Anne et Niko, ainsi que d'Olivier, Yann et Isabelle vers les deeptech, la composante optimisation de l'équipe a peu à peu décliné, se concentrant un temps sur l'AutoML (sélection et configuration d'algorithmes) avant de quasiment disparaitre aujourd'hui. D'autant que plusieurs recrutements, avec Cyril Furtlehner en tête de pont, ont permis à la composante physique statistique du groupe d'atteindre une masse critique : si les liens entre apprentissage et physique statistique sont eux aussi maintenant évidents, c'était loin d'être le cas lors de son recrutement CR1 en 2007. 

Par ailleurs, j'étais de mon côté de plus en plus impliqué dans des taches de pilotage de la recherche (voir question suivante) avec de moins en moins de temps pour mes propres recherches. Mais l'éméritat me permet aujourd'hui de reprendre du service, puisque ne pouvant plus exercer la moindre responsabilité au nom de l'Inria. J'ai ainsi récupéré du temps pour moi, même si je compte bien également profiter de plus de temps en dehors de la recherche (temps qu'on appelle "libre" avant la retraite :-)

En guise de conclusion (provisoire), nous avons l'impression, Michèle et moi, de laisser à Guillaume et Cyril une équipe toujours active et productive, et aux activités de laquelle nous pensons bien continuer à contribuer : outre les liens entre IA et physique statistique déjà mentionnés, les sujets de recherche de l'équipe aujourd'hui sont tournés vers ce qu'on appelle "good AI" : explicabilité et causalité, frugalité, détection et correction de biais, sujets auxquels il faut ajouter un grand volet "IA et simulations numériques", sur lequel je retrouve mes préoccupations initiales de début de carrière : précision, fiabilité, rapidité des simulations, qu'elles soient basées sur le calcul scientifique traditionnel, sur l'exploitation des données et l'IA générative, ou hybrides. La boucle est bouclée. 

Comment as-tu pu concilier tes activités de chercheur et celles de pilotage de la recherche (en tant qu'Adjoint au Délégué Scientifique) ?

Pour résumer : chacun doit faire son tour de vaisselle, mais il ne faudrait pas que ce soit toujours les mêmes qui s'y collent (et je ne parle pas uniquement en mon nom personnel, je pourrais citer plusieurs autres collègues). Mais mon côté boy-scout fait que j'ai rarement réussi à dire "non" :-(

Plus personnel : à dire vrai, je n'ai pas vraiment réussi. Avant de devenir ADS, j'avais déjà été DS (délégué scientifique) de Saclay pendant 6 ans, puis j'ai été co-opté par Cédric Villani pour écrire ce fameux rapport. Et toutes ces responsabilités sont énormément chronophages. D'autant qu'elles font boule de neige : ma participation au rapport Villani m'a rendu extrêmement visible dans le domaine de l'IA, en France et en Europe. J'ai ainsi été sollicité pour représenter Inria à diverses réunions, tant au niveau national qu'au niveau européen. Je suis ainsi devenu PI pour Inria de plusieurs réseaux d'excellence (TAILOR, 2020-2024, et VISION, 2021-2024), puis coordinateur du grand réseau européen AI, Data and Robotics Environment (2022-2025). Et c'est sans doute aussi pour officialiser ces divers rôles que le poste d'ADS IA a été créé pour moi en 2020, avec un périmètre mal défini (tout le monde aujourd'hui fait de l'IA !). Et cerise sur le gâteau, j'ai accepté fin 2021 d'être un des trois "sherpas" du PEPR-IA.

Mais pour en revenir à la question, toutes ces activités chronophages m'ont de fait éloigné de la recherche. Le pire étant le manque de temps pour simplement se tenir au courant de la bibliographie de son domaine - sachant qu'il fallait aussi rester branché sur les actualités plus "politiques" de l'IA. Je faisais donc la biblio par doctorant interposé. Heureusement que j'avais de très bons doctorants, mais c'est tout de même peu satisfaisant.

Que retiens-tu de ta participation à l'écriture du rapport dit "Villani" ?

- L'extraordinaire personnalité de Cédric Villani, sa mémoire prodigieuse, sa capacité de synthèse hors du commun, et son humanité.

- L'enrichissement qu'apportent les différents points de vue au sein d'une équipe largement pluridisciplinaire, comprenant des membres du Conseil National du Numérique d'origines diverses, unies dans un même élan. Pour l'anecdote, alors que Cédric Villani était député macroniste (il est ensuite devenu écolo avant d'arrêter la politique), l'équipe était sans aucun doute marquée à gauche :-)

- L'incroyable hétérogénéité des réactions des institutions officielles face à l'arrivée de l'IA : de la motivation quasi-militante du secrétariat d'état à l'écologie, équipe soudée décidée à en tirer le meilleur pour leur "cause", à la préparation sans faille de la gendarmerie, ayant déjà envisagé les détournements de l'IA et la manière de tenter de les prévenir, et malheureusement au cynisme éhonté du ministère de l'économie et des finances (nous n'avons vu qu'un membre du cabinet du ministre), uniquement préoccupé des éventuels répercussions sous forme de mouvements sociaux (genre : peu importe que le métier de chauffeur poids lourds disparaisse du moment que c'est graduel et donc n'entraîne pas de mouvement social d'ampleur. On retrouve la même hétérogénéité au niveau des syndicats d'ailleurs (pas de noms :-)).

- La difficulté à prévoir les effets de bord et/ou les détournements de mesures préconisées - même si a posteriori cela semble évident. Par exemple, l'autorisation pour les chercheurs de travailler à temps partiel pour une société privée de la tech a été hérissée de contraintes intenables...

Te souviens-tu de tes impressions lors de tes premiers mois chez Inria ? C'était quand déjà ?

C'était en 2001, j'avais eu l'immense chance d'être recruté directement au niveau DR2.

Mes premières impressions furent : "mais finalement c'est comme le CNRS !" :-)

Je m'explique : au CNRS, il y avait un certain snobisme à considérer que l'Inria, c'était pas mal, mais quand même pas aussi bien que le CNRS. En particulier, parce que tu ne pouvais pas faire vraiment ce que tu voulais, il fallait absolument avoir des contrats industriels. Bref, c'était non seulement des fake news, mais j'ai rapidement découvert que c'était même exactement l'inverse : j'avais passé mes premiers contrats (européens ou industriels) en tant que CR CNRS au CMAP, et j'avais du faire toute la paperasse administrative tout seul. Alors quand j'ai découvert les services Inria, c'était le bonheur ! Et cela n'a pas vraiment changé depuis, malgré le changement de taille de l'institut. Alors qu'au CNRS par contre, cela a bien changé, et dans le bon sens : il semble qu'ils ont aussi maintenant des services support dignes de ce nom (ils ont copié ? :-)

L'autre fait marquant était que l'Inria n'était pas un concept, mais existait réellement. Cela était du en grande partie sans doute au très faible nombre de niveaux "hiérarchiques" entre le chercheur de base et le sommet de la pyramide : le REP (responsable d'équipe), le DCR (directeur de centre), et nous voilà à Gilles Kahn. En particulier, Gilles est connu pour avoir été le dernier à connaître tous les chercheurs Inria par leur prénom et leurs sujets de recherche, dont il pouvait discuter si on le croisait, à la cantine ou ailleurs. Autre exemple, quelques semaines après mon intégration à Rocquencourt, j'ai été invité à rencontrer Bernard Larrouturou et Gilles Kahn, qui tenaient à cet entretien avec tous les nouveaux arrivants. Alors que je n'ai jamais vu le moindre officiel CNRS en 20 ans au CMAP - CNRS à qui je reste très reconnaissant d'avoir payé mon salaire en me laissant toute liberté, certes, mais qui restait une entité totalement abstraite. Et j'aimerais croire que l'augmentation de taille de notre institut n'a pas trop dégradé cet état de fait...

En regardant dans le rétroviseur, quel fait ou moment marquant de ton parcours Inria, ou quelle anecdote peux-tu partager avec nous ?

J'ai déjà parlé de Gilles Kahn, et je reste encore ému en pensant à son dernier message de vœux, en janvier 2006, dans lequel il insistait sur le fait qu'il faut savoir planter des arbres dont on sait qu'on ne les verra pas pousser...

 Tu as déjà tiré quelques éléments de bilan quant à l'évolution de ton domaine de recherche ces dernières années cf. lien ici. Que conseillerais-tu à de jeunes collègues qui abordent l'IA aujourd'hui dans le cadre d'une équipe-projet Inria ? 

Ne pas tenter d'embrasser l'ensemble du domaine, certes en se maintenant au courant de ses principales avancées (il existe de très bons outils pour ça), mais ne pas hésiter à plonger profondément dans un ou deux sujets très pointus, et surtout, ne pas trop hésiter à suivre des chemins de traverse, aussi loufoques puissent-ils semble au premier abord, tout en sachant reconnaitre qu'on a pu faire fausse route. 

Quelles valeurs partages-tu avec Inria ?

La liberté académique, essentielle à l'avancée de la science et des idées, et en particulier la recherche blue sky ; et la science ouverte, qui ne devrait même pas se discuter. 

Au niveau organisationnel, les équipes-projets financièrement (quasi-)autonomes, mise en œuvre du précepte 'small is beautiful', même si ce dernier semble hélas aujourd'hui suranné.

Que conseillerais-tu aux plus jeunes de notre communauté Inria+alumni -jeunes, en âge comme en ancienneté- pour dynamiser leur parcours professionnel ?

Je commencerais par une anecdote, due à un psychologue anglais, Richard Wiseman (The Luck Factor). Il a passé deux petites annonces, demandant des volontaires pour des expériences de psychologie. L'une recherchait des personnes qui pensaient qu'elles avaient en général de la chance dans la vie, l'autre des personnes qui au contraire pensaient qu'elles n'avaient pas de chance. Il leur demandait de se rendre à une adresse donnée un jour donné pour répondre à diverses questions. Mais en fait, l'expérience avait lieu avant même qu'ils sonnent à l'adresse indiquée : un billet de 5 livres était posé par terre à quelques mètres de la porte, pas en évidence, mais visible tout de même. Et bien la proportion des personnes qui ont vu et ont ramassé le billet était significativement plus importante chez celles se pensant chanceuses que chez celles qui se considéraient malchanceuses. La chance est une affaire d'état d'esprit, en conclut Wiseman.

Et ce sera ma conclusion ici aussi : soyez ouverts aux opportunités, la chance vous sourira, et ce ne sera pas seulement de la chance.

Ce que la sagesse populaire savait depuis longtemps : la chance sourit aux audacieux, disaient déjà nos ancêtres.

Que saurais-tu leur apporter ?

Je crois beaucoup à l'apprentissage par l'exemple : soyez ouverts aux opportunités, mais apprenez aussi à dire non. Et je me rends compte que je me contredis moi-même, puisque je n'ai pas vraiment su dire non quand j'aurais du :-)

Pour conclure, un mot ou une citation qui titrera ce portrait ?

La chance est un état d'esprit : soyez prêts !



© Inria / Photo C. Morel

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