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Pas de rentrée universitaire pour Christine Morin !

Portraits

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24/08/2026

C’est en 1987 que Christine Morin a effectué ses premiers pas au sein d’Inria en tant que stagiaire de DEA. Quarante années plus tard, elle évoque avec nous son parcours de chercheuse dont les travaux, au rayonnement international, ont eu un impact majeur sur la révolution numérique que l’on connait. 

Au-delà de ses activités de recherche, Christine Morin s’est également fortement investie pour notre institut tout au long de ces dernières années. Après un passage de flambeau, la voilà maintenant prête à entamer une nouvelle étape de sa vie, loin des dossiers, des échéances et autres obligations professionnelles. Nous lui souhaitons de très belles et enrichissantes années à venir !

Interview réalisée par Edith Blin pour le Centre Inria de l'Université de Rennes


Christine, quand es-tu arrivée chez Inria ? 

 Étudiante à l’INSA de Rennes tout en préparant en parallèle un DEA en informatique à l’université de Rennes 1, je suis arrivée à l’IRISA/Inria en février 1987. J’y ai effectué mon stage de DEA qui faisait également office de stage de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’ingénieur en informatique.  

J’ai été accueillie au sein de l’équipe-projet LSP (Langages et Systèmes Parallèles) sous la direction de Jean-Pierre Banâtre, à l’époque responsable de l’équipe et en charge des échanges internationaux au département informatique de l’INSA.  

 J’avoue que c’est un peu par hasard que je suis arrivée en stage à l’IRISA car mon souhait initial était d’effectuer mon stage en Allemagne mais les planètes ne s’étaient pas alignées à temps pour le concrétiser. Le plan B consistant à m’accueillir dans l’équipe LSP, dont les thématiques étaient pleinement en phase avec mes sujets d’intérêt, a alors été mis en œuvre. J’ai ensuite enchaîné avec une thèse dans la même équipe, puis une année d’ATER avant d’obtenir un poste de chargée de recherche chez Inria en 1991.

Quelles ont été tes fonctions ?

J’ai d’abord été chercheuse au sein des équipes-projets LSP,  SOLIDOR, CAPS puis PARISJ’ai ensuite été à l’initiative, en 2010, de la création de l’équipe MYRIADS que j’ai quittée fin 2017 lorsque je suis devenue directrice des partenariats européens et internationaux (DPEI) d’Inria. À l’été 2019, j’ai décidé de quitter ce poste (et la région parisienne) pour des raisons personnelles. J’ai alors été sollicitée pour devenir déléguée scientifique du Centre Inria de Rennes, fonction que j’ai occupée pendant 6 ans jusqu’à l’été dernier. En septembre 2023, j’ai été nommée Vice-Présidente de la Commission d’Évaluation (CE) d’Inria. J’ai quitté la CE fin janvier dans le contexte de mon départ à la retraite.

Quel est ton premier souvenir - ta première impression ? 

 Je ne connaissais pas du tout le monde académique avant de commencer mon DEA. J’ai été frappée par la jeunesse et le dynamisme des chercheuses, chercheurs, enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, la diversité des profils et le caractère bien trempé de collègues de l’IRISA/Inria, l’atmosphère de travail décontractée. 

 Le lieu qui m’a le plus marqué lorsque j’ai rejoint l’unité de recherche Inria de Rennes (comme on l’appelait à l’époque) est son incontournable cafet. C’était (et cela reste) un lieu très convivial où les personnels du Centre se croisaient à plusieurs reprises dans la journée mais à l’époque c’était aussi un lieu très enfumé. La bibliothèque de l’IRISA/Inria était également un lieu de rencontre car à l’époque nous lisions les articles sur papier et devions y passer régulièrement pour consulter les revues et les actes de conférences nouvellement arrivés et y commander les rapports de recherche des universités étrangères. Les photocopieuses étaient très imposantes et nous passions du temps à reproduire les articles.

Quels ont été les temps forts ou les évènements marquants durant ces années ?

 Au cours de ma carrière de chercheuse, il a eu plusieurs temps forts. Bien sûr la coordination des deux gros projets européens successifs, XtreemOS et Contrail, qui m’a occupée de 2005 à 2014 a constitué un temps fort majeur.

 Parmi les travaux de recherche les plus marquants au cours de ma carrière je citerais la conception et réalisation du système d’exploitation à image unique Kerrighed. Je suis fière de ces travaux menés en collaboration avec mes doctorants, postdocs et ingénieurs. Ils étaient pionniers à la fin des années 90 / début des années 2000 et ont conduit au système open source le plus abouti en termes d’illusion d’un PC sous système Linux sur une grappe de calculateurs interconnectés. Les nouvelles technologies de virtualisation ont ensuite quelque peu changé la donne. Ces travaux ont bénéficié du soutien d’EDF et de la DGA. Ils ont eu un écho dans la communauté open source et dans le domaine des grappes de calcul pour le HPC et m’ont permis de nouer des collaborations internationales dans la durée, notamment aux Etats-Unis avec le laboratoire national du DOE à Oak Ridge. Ils ont en outre donné lieu à la création de la startup Kerlabs pilotée par trois de mes anciens doctorants.

 Une période marquante est certainement celle des deux années passées à Berkeley en 2011-2013 en tant que chercheuse invitée au Lawrence Berkeley National Lab (LBNL) et directrice scientifique du programme Inria@Silicon Valley. À l’époque, Inria@Silicon Valley venait tout juste d’être lancé et visait à développer les collaborations avec les universités californiennes. J’ai beaucoup appris au cours de cette période pendant laquelle j’ai été plongée dans l’effervescence de la Silicon Valley et qui m’a donné l’occasion d’interagir avec de nombreux scientifiques travaillant dans le monde académique ou en entreprise en Californie et en France. Une fois rentrée en France, j’ai poursuivi mes travaux dans le cadre d’une équipe associée avec celle m’avait accueillie au LBNL et de la chaire internationale de Deb Agarwal, sa responsable.

J’ai aussi énormément apprécié les six années au cours desquelles j’ai occupé la fonction de déléguée scientifique du Centre Inria de l’université de Rennes. Ce fut une période très enrichissante au contact des chercheuses et chercheurs des équipes, des membres des services du Centre et des acteurs de l’écosystème. J’en garde un excellent souvenir.

Quels sont les souvenirs marquants durant ces années ?

 La période particulière du COVID reste évidemment un souvenir marquant. J’étais déléguée scientifique depuis moins d’un an et je n’avais aucune expérience de la gestion de crise quand le Centre a fermé ses portes. Il a fallu s’adapter rapidement à cette situation anxiogène qui a profondément fait évoluer nos pratiques. 

 De manière plus anecdotique, je me souviens de l’organisation de la conférence ACM EuroSys 2010, en tant que General Chair, au CNAM à Paris, site que le comité de pilotage de la conférence avait préféré à Saint Malo pour des raisons d’accessibilité. La fin de la conférence a été marquée par l’éruption du volcan Eyjafjöll qui a paralysé le trafic aérien. Le mot « vulcano » était dans toutes les conversations lorsque j’ai rejoint les participants pour le dîner de la dernière soirée. Comme je n’avais eu le temps de lire les infos récentes pendant la conférence, je n’ai pas compris tout de suite pourquoi ce terme était subitement devenu si tendance. Cet imprévu a eu pour conséquence, de manière inhabituelle, une très large audience pour la dernière matinée de la conférence car la très grande majorité des participants était bloquée à Paris pour cause d’interruption du trafic aérien ou de grève des trains … les ennuis arrivant toujours en escadrille. De nombreux participants ont profité de quelques jours supplémentaires pour visiter Paris … Pour ma part, à l’issue de la conférence, j’ai passé les vacances de printemps seule avec mes enfants, mon mari étant resté bloqué, pour les mêmes raisons, une semaine aux Etats-Unis où il était en mission.

Quel a été ton plus grand défi ? 

 Le montage en 2005 puis le pilotage pendant 4 ans du projet européen XtreemOS mené par un consortium de 19 partenaires académiques et industriels dans huit pays, en Europe et en Chine. 

 L’objectif de ce projet était de concevoir et mettre en œuvre un système d’exploitation distribué pour une grille de calculateurs afin de faciliter la vie des administrateurs, programmeurs et utilisateurs de telles infrastructures de calcul. Il s’agissait en quelque sorte de changer d’échelle par rapport à Kerrighed qui s’adressait à une grappe de calculateurs pour passer à l’échelle de grappes dans différents sites géographiquement répartis. 

 Ce fut une belle aventure collective, non seulement sur le plan scientifique mais humain. Ce gros projet a transformé mon quotidien de chercheuse et j’ai apprécié la dimension management de la recherche qu’il comportait.

 Ce projet sur les grilles de calcul a été lancé en 2006 au moment où le cloud a émergé. Je me souviens d’une réunion 6 mois après le début du projet au cours de laquelle nous nous posions la question de savoir si le cloud était un « buzz word » à la mode ou s’il s’agissait d’une transformation de fond des infrastructures de calcul et de la façon d’accéder aux ressources informatiques. Nous avions conclu que nous ne pouvions pas ignorer le cloud. Même si contractuellement nous étions engagés dans la conception d’un système pour les grilles, c’est à cette époque que j’ai lancé des travaux sur le cloud tout comme les partenaires du projet. Avant la fin du projet XtreemOS, nous avons soumis un nouveau projet européen, Contrail, avec différents  partenaires dont plusieurs étaient issus du consortium XtreemOS pour travailler sur la gestion sécurisée des organisations virtuelles dans le cadre des fédérations de clouds. J’ai piloté ce projet qui a démarré en 2010.

La dernière chose que tu as faite avant de partir - et /ou - celle que tu n’as pas eu le temps de faire ?

Lors de la dernière année de mon mandat de déléguée scientifique en 2025, j’ai eu le plaisir d’accompagner la création de toutes nouvelles équipes-projets créées ex-nihilo dans le Centre Inria de l’université de Rennes : l’équipe-projet AIMOKA (créée en novembre 2025) commune avec l’AP-HP et l’université Sorbonne Paris Nord au sein du Bernoulli Lab et qui vise à développer des modélisations numériques innovantes pour les ablations percutanées de tumeurs cancéreuses ainsi que l’équipe-projet SIRA (créée en janvier 2026) en sciences sociales sur l’IA responsable au sein du Laboratoire Fabrique de Pensée Critique (LFPC) de l’INSA de Rennes.

Début 2026, j’ai briefé mon successeur à la vice-présidence de la CE sur plusieurs dossiers en cours, en particulier sur la mise en œuvre, vue de la présidence de la CE, des différentes étapes du processus d’évaluation des équipes-projets de l’institut. Enfin mes toutes dernières actions auront été de faire place nette dans le bureau que j’occupais et de préparer mon pot de retraite.

Ce que tu quittes avec regret ? 

 Je quitte mes collègues avec regret. La recherche est un formidable travail collectif.

Quel a été ton objet fétiche au bureau ?

 Crayon et gomme, puis ma tablette numérique.

 Ta carrière résumée en un à trois mots ?

 Épanouissante, variée, bien remplie !

 Si tu n’avais pas fait ce métier, lequel aurais-tu aimé exercer ? 

J’aurais aimé étudier la sociologie mais difficile pour moi à l’époque où j’étais lycéenne d’imaginer à quels métiers ces études auraient pu me conduire. A une époque où il y avait un taux de chômage élevé, il s’agissait de s’orienter vers une filière avec des débouchés. Le métier d’ingénieur dans le domaine informatique était vu à l’époque comme une voie prometteuse …

Pour toi, la retraite est synonyme de : 

 Liberté, temps partagé avec famille et amis, sport, randonnées, voyages, lecture.

Mais je vais rester en contact grâce à Inria+alumni ;-)




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